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Semences autochtones : un créneau porteur à promouvoir en Tunisie

Semences autochtones : un créneau porteur à promouvoir en Tunisie

Nabil Ben Marzouk est un agriculteur de Lansarine, sise à quelque 360 mètres d’altitude et à 60 kilomètres à l’ouest de Tunis. Avec huit autres agriculteurs locaux, il a créé une association « Amazir » qui produit sur une dizaine d’hectares de la semoule et du boulgour issus des semences ancestrales et vendus jusqu’en Italie.
Nabil se rappelle de son père et des autres céréaliers de sa région qui ramenaient à dos d’ânes les sacs de blés récoltés péniblement jusqu’à la moissonneuse-batteuse immobilisée faute de pouvoir avancer sur les champs escarpés. Héritant leur volonté et leur patience, cet homme s’est lancé dans le même domaine des variétés traditionnelles en commençant avec un hectare de «chili», semence autochtone de blé dur.

Au début des années 80, en pleine révolution verte, les autorités tunisiennes ont favorisé l’implantation de karim pour la production de couscous et de pâtes alimentaires. L’Institut national de la recherche agronomique de Tunisie estimait en 2016 que la variété karim représentait 40% des terres ensemencées en blé dur. Selon Nabil Ben Marzouk, «Le biskri, le mahmoudi [autres variétés autochtones], le chili symbolisent autant la Tunisie que le drapeau. Personne n’oserait faire disparaître nos couleurs. Pourtant c’est exactement ce qu’il se passe avec nos épis». 

Nabil Marzouk souligne que, les maladies fongiques (rouille et septoriose) qui peuvent réduire la production de 20 à 40% et les sécheresses de plus en plus fréquentes, ont affecté la grande majorité des 850 000 hectares de blé dur et ont causé la chute des rendements de karim à 5 quintaux (500 kg) par hectare, contre 40 à 60 en moyenne. « Quant à moi, je fais toujours près de 15 quintaux à l’hectare quels que soient les aléas et sans eau supplémentaire, ni pesticide ou herbicide» a-t-il expliqué.
Ce secteur des variétés autochtones a bénéficié de l’appui de la Banque nationale de gènes (BNG), chargée de la conservation de la diversité génétique du patrimoine agricole, qui a lancé en 2010 un programme de culture in situ. Les producteurs se voient offrir un sac de 50 kilos de semences autochtones. En échange, ils s’engagent à en restituer la même quantité à la fin de la récolte. En 2012, l’institution a reçu plus de 132 000 euros de la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, pour développer ce projet. Quelque 81 agriculteurs cultivent actuellement 38 semences traditionnelles, sur une superficie de 100 hectares. Les céréaliers étaient très réceptifs. 

Grâce à ce programme, la BNG a pu constater entre autres que la semoule de blé autochtone avait un meilleur taux en protéines que celle issue de variétés améliorées, 17% contre 12% en moyenne. Les variétés originelles produisent également davantage de paille, qui sert à nourrir le bétail ou est revendue sous forme de bottes. Mais ces spécificités ne sont pas reconnues par l’Office national des céréales, le principal débouché pour les producteurs, qui achète les récoltes à un prix fixe. Le blé dur autochtone se revendrait deux fois plus cher auprès des connaisseurs et à l’exportation si la filière était mise en valeur.
Concernant le ministère de l’Agriculture, l’objectif est de garantir l’autosuffisance. Selon Mohamed Ali Ben Romdhane, sous-directeur des céréales à la direction générale de la production agricole «C’est une production de niche que l’on pourrait encourager en instaurant une filiale à part, qui revaloriserait le prix de vente. Mais les agriculteurs doivent se regrouper pour qu’ils soient identifiés.»

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