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Les thrips en vergers d’agrumes en Tunisie: des ravageurs à suivre

Les thrips en vergers d’agrumes en Tunisie: des ravageurs à suivre

A la suite de la publication de l’article : La Tunisie est-elle concernée par le ravageur d’agrumes « thrips d’Orchidées », nous avons contacté Dr Synda Boulahia Kheder, entomologiste à l’Institut National Agronomique de Tunisie (INAT), qui nous a donné plus d’informations sur la situation des thrips en vergers d’agrumes en Tunisie.

Les thrips ou Thysanoptères sont de minuscules insectes de l’ordre du mm, de forme allongée, aux ailes étroites et frangées, difficilement décelables à l’œil nu pour un profane. D’autant plus qu’ils vivent souvent cachés dans les fleurs et le calice des jeunes fruits. Selon les espèces, les thrips s’alimentent aux dépens des végétaux, des champignons ou d’autres petits insectes ou acariens et parfois ont un régime varié. D’où leur qualification d’insectes opportunistes qui néanmoins peuvent se révéler utiles à l’Homme. Pour ce qui est des espèces phytophages, elles se nourrissent en vidant le contenu des cellules végétales laissant sur l’organe endommagé des zones argentées ou bronzées plus ou moins étendues. Sur fruits, il s’ensuit une dépréciation qualitative réduisant notablement la valeur marchande. 

Jusqu’aux années 2000, les thrips étaient considérés en Tunisie comme insignifiants sur agrumes alors qu’ils comptaient parmi les nuisibles importants en culture de fraisier ou en floriculture. Ce n’est qu’en 2008, lors d’une prospection effectuée en vergers d’agrumes au Cap-Bon dans le cadre d’un travail de Projet de Fin d’Etudes, que des dégâts attribuables aux thrips affectant jusqu’à 47% des fruits, ont été observés sous forme d’anneaux argentés et de marbrures de l’écorce, dépréciant l’aspect externe des fruits. Cette étude a également permis de déceler une nouvelle espèce non signalée auparavant en Tunisie : le thrips Pezothrips kellyanus (Bagnall, 1916) dit « Kelly’s citrus thrips »(Trabelsi et Boulahia, 2009)considéré comme ravageur de premier ordre dans d’autres pays tels que l’Espagne, l’Australie ou la Nouvelle Zélande(Navarro et al., 2011 ; Mound et Jackman, 1998 ; Blanket Gill, 1997).

Suite à ces observations préliminaires, un travail de Thèse a été initié à l’INAT en 2013, afin de faire le point sur la situation des thrips en vergers d’agrumes en Tunisie. Les prospections effectuées pendant 3-4 années dans les régions du Cap-Bon, Mornag et Bizerte ont permis d’identifier en collaboration avec des chercheurs espagnols et italiens, une vingtaine d’espèces. Parmi celles-ci, trois sont considérées majeures au vu de leur abondance et de leur reproduction sur citrus : Frankliniella occidentalis (Pergande, 1885), Thrips major (Uzel, 1895) et P.kellyanus (Belaam Kortet Boulahia Kheder2017a).Toutefois, si le statut à l’égard des citrus reste à préciser pour les deux premières, qui sont très polyphages, celui de P. kellyanus est confirmé puisque cette espèce est connue de par le monde en tant que ravageur des agrumes.  En Tunisie, les dégâts des thrips toutes espèces confondues sont de l’ordre de 25% à l’heure actuelle, atteignant les 59% et 45% sur certaines variétés particulièrement sensibles telles que les bergamotes ou les citrons (BelaamKort et BoulahiaKheder, 2017b). Ces dégâts pourraient progresser surtout en raison de l’utilisation non raisonnée des pesticides sur agrumes, de nature à éliminer les insectes utiles, régulateurs de plusieurs nuisibles dont les thrips. Il a en effet été noté des dépréciations sévères en relation avec une fréquence élevée des traitements phytosanitaires(BelaamKort et BoulahiaKheder, 2012).En outre, de nouvelles espèces de thrips peuvent s’introduire en Tunisie, et venir s’ajouter à celles déjà identifiées, comme cela a été le cas en Espagne avec le signalement d’une nouvelle espèce : Chaetanaphothrips orchidii (Moulton, 1907) ou « orchid thrips » détectée pour la première fois dans la région de Tarragona sur plantes ornementales et qui s’est rapidement propagée à celle de Valence, principale région agrumicole, causant dans certaines parcelles de citrus jusqu’à 70% de dégâts(Campos-Rivela et al., 2018).

Ainsi, les thrips, insectes dont les effectifs sont encore maîtrisables pour le moment, méritent un suivi régulier afin de prévenir leur multiplication et de déceler précocement de nouvelles espèces qui pourraient être très agressives et entraîner des dégâts sévères. 


                                                                                                                      Synda Boulahia Kheder et Imen Belaam Kort 
                                                          Laboratoire d’Entomologie-Ecologie, Institut National Agronomique de Tunisie

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