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IRD : L’introduction de nouvelles espèces de poissons bouleverse la biodiversité

IRD : L’introduction de nouvelles espèces de poissons bouleverse la biodiversité

L’écosystème a connu des mutations profondes au cours des dernières décennies suite à l’introduction de nouvelles espèces de poissons, dont 15 % ont été introduites par l’Homme, dans les fleuves et rivières à travers le monde. 

Une équipe de chercheurs a mené plusieurs travaux pour mesurer les caractéristiques morphologiques associées à la locomotion et à la nutrition de 9 500 espèces de poissons d’eau douce sur les 13 000 actuellement connues dans le monde et pour évaluer l’impact écologique de l’introduction, volontaire ou non, par l’Homme, de nouvelles espèces .

Thierry Oberdorff, écologue et directeur de recherche IRD a indiqué que ces travaux de recherche ont été faites à partir d’une base de données élaborée au sein du laboratoire IRD qui répertorie les espèces de poissons dans les différents cours d’eau du monde. L’objectif était, entre autres, de définir les caractéristiques écologiques d’une espèce donnée à travers deux fonctions essentielles : la locomotion (capacité des poissons à nager plus ou moins vite et à résister au courant) et la nutrition (capacité des poissons à capturer et à consommer des proies) et de mesurer la diversité fonctionnelle avant et après l’introduction de nouvelles espèces. 

« Pour chacune des espèces nous avons pris en compte les caractéristiques physiques, comme la taille des yeux, de la bouche, des nageoires, du corps … En tout, nous avons étudié dix traits morphologiques  », a expliqué Aurèle Toussaint, chercheur en macro-écologie qui a mené ce travail de thèse au sein des laboratoires EDB et Marbec (Biodiversité marine et ses usages). L’examen de ces traits a permis de constater que « 15 % d’augmentation moyenne du nombre d’espèces par rivière ont entraîné un accroissement de 150 % de la diversité fonctionnelle dans les communautés concernées » et que « les espèces non natives ont des caractéristiques très différentes des espèces natives. Cela modifie le fonctionnement des écosystèmes avec des effets pour l’instant inconnus sur les espèces natives ».

Selon l’IRD, les modifications les plus importantes à l’échelle mondiale, ont été recensées dans les régions les plus industrialisées, marquées par une forte  concentration des échanges commerciaux qui favorisent l’introduction d’espèces de manière volontaire ou involontaire : « En Amérique du nord, nous avons recensé plus de 27 % nouvelles espèces dans les cours d’eau, qui ont conduit à une augmentation moyenne de plus de 500 % de la diversité fonctionnelle, alors que nous avons dénombré  seulement 5 % de nouvelles espèces en Asie et en Afrique, associés à une augmentation moyenne de 35 % à 50 % de la diversité fonctionnelle ».

Les chercheurs constatent aussi, à travers le monde, une augmentation de la taille moyenne du corps des poissons et une surreprésentation des espèces aplaties latéralement, comme la carpe (Cyprinuscarpio ), originaire d’Asie et le black bass (Micropterussalmoides ), originaire d’Amérique du nord. Selon les chercheurs, ce changement est éventuellement lié aux effets des barrages, de plus en plus nombreux sur la planète, et qui modifient la structure des cours d’eau en créant des lacs artificiels, diminuant ainsi la circulation de l’eau. 

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